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Correction des exercices 05 à 08 — Structures algébriques — Al Moufid

Correction des exercices 05 à 08 — Structures algébriques

Groupe · Morphisme · Sous-groupe · Manuel Al Moufid · 2e Bac Sciences Mathématiques

Après l'étude directe des axiomes d'un groupe, ces exercices font découvrir des méthodes plus efficaces : exploiter les propriétés générales des symétriques, reconnaître une structure à l'aide d'un calcul matriciel, utiliser une loi construite à partir d'une loi connue et appliquer le critère caractéristique d'un sous-groupe. On évitera donc de recommencer les mêmes vérifications lorsque le cours fournit un résultat adapté. L'exercice 07 appelle une vigilance supplémentaire : une hypothèse indispensable manque dans son énoncé proposé. Elle sera signalée et justifiée avant toute résolution. Dans chaque exercice, il s'agit d'identifier le résultat du cours, de contrôler ses conditions d'application, puis de construire la démonstration. Les conclusions seront accompagnées d'une interprétation afin de rendre la méthode réutilisable.

Exercice 05 — Quand l'inversion est-elle un isomorphisme ?

Énoncé.

Soit \((G;*)\) un groupe d'élément neutre \(e\). On note \(a^{-1}\) le symétrique de \(a\). On considère l'application \(f:G\longrightarrow G\) définie par :

\[f(a)=a^{-1}.\]

Montrer que \(f\) est un isomorphisme si, et seulement si, le groupe \((G;*)\) est commutatif.

Repère de cours — Morphisme et inverse d'un produit.

Une application de \((G;*)\) dans \((G;*)\) est un morphisme lorsqu'elle vérifie \(f(a*b)=f(a)*f(b)\) pour tous \(a,b\in G\). Elle est un isomorphisme si elle est en outre bijective. Dans tout groupe, on a :

\[(a*b)^{-1}=b^{-1}*a^{-1}.\]

Le renversement de l'ordre dans cette formule est le point décisif de l'exercice.

Sens direct — Supposons le groupe commutatif

Montrer que, si \((G;*)\) est commutatif, alors \(f\) est un isomorphisme.
Méthode.

Deux contrôles distincts sont nécessaires : la compatibilité avec la loi et la bijectivité. Pour la première, utiliser la formule de l'inverse d'un produit puis la commutativité. Pour la seconde, remarquer que prendre deux fois le symétrique redonne l'élément initial.

Afficher la correction du sens directMasquer la correction du sens direct

Supposons que \((G;*)\) soit commutatif. Pour tous \(a,b\in G\), la propriété du cours donne :

\[\begin{aligned}f(a*b)&=(a*b)^{-1}\\&=b^{-1}*a^{-1}\\&=a^{-1}*b^{-1}\\&=f(a)*f(b).\end{aligned}\]

La troisième égalité utilise précisément la commutativité. Ainsi, \(f\) est un morphisme.

Montrons maintenant que \(f\) est bijective. Pour tout \(a\in G\), la propriété du symétrique du symétrique assure :

\[f(f(a))=(a^{-1})^{-1}=a.\]

Donc \(f\circ f=\operatorname{Id}_G\). Il en résulte que \(f\) est bijective et que sa réciproque est \(f\) elle-même.

\[\boxed{(G;*)\text{ commutatif}\ \Longrightarrow\ f\text{ isomorphisme}.}\]
La bijectivité n'exige pas la commutativité : elle est vraie dans n'importe quel groupe. La commutativité intervient uniquement pour transformer la règle de l'inverse d'un produit en identité de morphisme.

Sens réciproque — Supposons que \(f\) soit un isomorphisme

Montrer que, si \(f\) est un isomorphisme, alors \((G;*)\) est commutatif.
Méthode.

Un isomorphisme est en particulier un morphisme. On dispose donc de deux expressions du symétrique de \(a*b\) : celle provenant du morphisme et celle donnée par la propriété générale du cours. Leur comparaison permettra d'obtenir la commutativité.

Afficher la correction du sens réciproqueMasquer la correction du sens réciproque

Supposons \(f\) isomorphisme. Comme \(f\) est un morphisme, pour tous \(a,b\in G\) :

\[f(a*b)=f(a)*f(b),\]

soit, par définition de \(f\) :

\[(a*b)^{-1}=a^{-1}*b^{-1}.\]

Mais le cours donne, dans tout groupe :

\[(a*b)^{-1}=b^{-1}*a^{-1}.\]

Par conséquent :

\[a^{-1}*b^{-1}=b^{-1}*a^{-1}.\]

Chaque élément de \(G\) étant le symétrique d'un élément de \(G\), cette égalité implique, pour tous \(u,v\in G\), que \(u*v=v*u\).

\[\boxed{f\text{ isomorphisme}\ \Longrightarrow\ (G;*)\text{ commutatif}.}\]
Le résultat est une caractérisation : l'application « prendre le symétrique » est toujours une bijection, mais elle ne respecte l'ordre de la loi que lorsque le groupe est commutatif.
\[\boxed{f\text{ est un isomorphisme}\ \Longleftrightarrow\ (G;*)\text{ est commutatif}.}\]

Exercice 06 — Un groupe de matrices

Énoncé.

On considère l'ensemble :

\[E=\left\{M(x)=\begin{pmatrix}1&0&x\\-x&1&-\dfrac{x^2}{2}\\0&0&1\end{pmatrix}\ \middle|\ x\in\mathbb R\right\}.\]

1) Calculer \(M(x)\times M(x')\) pour tous \((x;x')\in\mathbb R^2\).

2) Montrer que \((E;\times)\) est un groupe.

Repère de cours — Reconnaître une structure de groupe.

Lorsque l'ensemble est défini par des matrices \(M(x)\), commencer par effectuer le produit de deux matrices générales. Si le résultat a la forme \(M(\varphi(x,x'))\), on dispose d'une formule de composition permettant de déterminer la stabilité, le neutre et les symétriques. L'associativité de la multiplication matricielle est déjà connue.

Question 1 — Produit de deux matrices

Calculer \(M(x)M(x')\) pour \(x,x'\in\mathbb R\).
Méthode.

Calculer les coefficients par produit ligne–colonne, puis chercher à faire apparaître le carré de \(x+x'\) dans le coefficient situé en deuxième ligne et troisième colonne.

Afficher la correction de la question 1Masquer la correction de la question 1

Pour tous \(x,x'\in\mathbb R\),

\[\begin{aligned}M(x)M(x')&=\begin{pmatrix}1&0&x\\-x&1&-\frac{x^2}{2}\\0&0&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&0&x'\\-x'&1&-\frac{x'^2}{2}\\0&0&1\end{pmatrix}\\&=\begin{pmatrix}1&0&x+x'\\-(x+x')&1&-xx'-\frac{x^2+x'^2}{2}\\0&0&1\end{pmatrix}.\end{aligned}\]

Or :

\[-xx'-\frac{x^2+x'^2}{2}=-\frac{(x+x')^2}{2}.\]

On reconnaît donc exactement la matrice correspondant au paramètre \(x+x'\).

\[\boxed{M(x)M(x')=M(x+x').}\]
Cette formule contient l'essentiel de l'exercice : la multiplication des matrices \(M(x)\) correspond à l'addition de leurs paramètres. En particulier, le produit reste dans \(E\).

Question 2 — Vérification de la structure de groupe

Montrer que \((E;\times)\) est un groupe.
Stratégie.

Réutiliser la formule précédente plutôt que refaire des multiplications matricielles. La stabilité et la commutativité s'en déduisent immédiatement ; l'associativité est héritée de la multiplication matricielle. Identifier enfin \(M(0)\) et \(M(-x)\).

Afficher la correction de la question 2Masquer la correction de la question 2

Stabilité. Pour tous \(M(x),M(x')\in E\), la question 1 donne \(M(x)M(x')=M(x+x')\). Comme \(x+x'\in\mathbb R\), le produit appartient à \(E\).

Associativité. La multiplication de matrices carrées d'ordre 3 est associative. Cette propriété est donc valable pour les matrices de \(E\), qui forment une partie de \(\mathcal M_3(\mathbb R)\).

Élément neutre. Pour \(x=0\) :

\[M(0)=\begin{pmatrix}1&0&0\\0&1&0\\0&0&1\end{pmatrix}=I_3\in E.\]

Et, pour tout \(x\in\mathbb R\),

\[M(x)M(0)=M(0)M(x)=M(x).\]

Symétrique. Pour tout \(x\in\mathbb R\), la matrice \(M(-x)\) appartient à \(E\). De plus :

\[M(x)M(-x)=M(-x)M(x)=M(0)=I_3.\]

Toute matrice de \(E\) possède ainsi un symétrique pour la multiplication, égal à \(M(-x)\).

\[\boxed{(E;\times)\text{ est un groupe, avec }M(x)^{-1}=M(-x).}\]

On peut même préciser, grâce à \(x+x'=x'+x\), que :

\[M(x)M(x')=M(x+x')=M(x'+x)=M(x')M(x).\]
\[\boxed{(E;\times)\text{ est un groupe commutatif}.}\]
Une fois la formule \(M(x)M(x')=M(x+x')\) obtenue, la structure du groupe devient transparente. Il serait moins efficace de développer des matrices à chaque étape.

Exercice 07 — Loi construite à partir d'un groupe

Énoncé du manuel.

\((E;*)\) est un groupe d'élément neutre \(e\). Pour un élément \(a\in E\) donné (\(a\ne e\)), on définit la loi \(T\) sur \(E\) par :

\[\forall(x;y)\in E^2,\qquad xTy=x*y*a.\]

Montrer que \((E;T)\) est un groupe commutatif.

Attention — Hypothèse manquante dans l'énoncé proposé.

Avec les données du manuel, on ne peut pas démontrer la conclusion annoncée. La commutativité de \(T\) imposerait en effet celle de la loi \(*\), alors que l'énoncé suppose seulement que \((E;*)\) est un groupe. Nous conservons ici l'énoncé d'origine et justifions cette difficulté. Nous traiterons ensuite la conclusion demandée en ajoutant explicitement l'hypothèse que \((E;*)\) est commutatif. Il s'agit d'une correction mathématique proposée, et non d'une hypothèse présente dans le texte du manuel.

Repère de cours — Associativité, élément neutre et symétrique.

Dans un groupe, tous les éléments sont symétrisables et l'on peut utiliser la régularité. Mais une loi nouvelle \(T\) n'hérite pas automatiquement de l'associativité de \(*\). Il faut vérifier chaque propriété pour la loi réellement définie.

Étape 1 — Pourquoi l'énoncé ne suffit-il pas ?

Vérifier que la commutativité demandée pour \(T\) entraînerait nécessairement la commutativité de \(*\).
Méthode.

Traduire littéralement la commutativité de \(T\), puis simplifier par le même élément \(a\) à droite grâce à la régularité dans le groupe \((E;*)\).

Afficher l'analyse de l'énoncéMasquer l'analyse de l'énoncé

Si la loi \(T\) était commutative, pour tous \(x,y\in E\), nous aurions :

\[xTy=yTx.\]

Par définition de \(T\), cela signifie :

\[x*y*a=y*x*a.\]

En utilisant l'associativité de \(*\) et la régularité à droite par \(a\), nous obtenons :

\[x*y=y*x.\]

Cette identité devrait être vraie pour tous \(x,y\in E\). La loi \(*\) devrait donc être commutative.

\[\boxed{T\text{ commutative}\ \Longrightarrow\ *\text{ commutative}.}\]

Or le manuel n'impose pas la commutativité de \(*\). La conclusion demandée ne découle donc pas des seules hypothèses données.

Ce raisonnement est un contrôle de cohérence de l'énoncé : avant de chercher une démonstration, il permet de repérer une hypothèse indispensable. Il n'est pas correct de supposer silencieusement qu'un groupe quelconque est commutatif.

Étape 2 — Résolution avec l'hypothèse supplémentaire explicite

Énoncé corrigé pour la résolution : on suppose maintenant que \((E;*)\) est un groupe commutatif d'élément neutre \(e\). L'élément \(a\in E\) est fixé, avec \(a\ne e\), et \(xTy=x*y*a\). Montrer que \((E;T)\) est un groupe commutatif.
Stratégie.

La stabilité découle de celle de \(*\). Pour l'associativité, exploiter la commutativité de \(*\) afin de réordonner les facteurs. Le neutre pour \(T\) n'est pas nécessairement \(e\) : il doit satisfaire \(xTn=x\). Chercher ensuite le symétrique de \(x\) relativement à ce nouveau neutre.

Afficher la correction sous l'hypothèse ajoutéeMasquer la correction sous l'hypothèse ajoutée

Stabilité. Pour tous \(x,y\in E\), les produits \(x*y\) et \((x*y)*a\) appartiennent à \(E\) puisque \(*\) est interne. Ainsi \(xTy\in E\).

Associativité. Pour tous \(x,y,z\in E\), en utilisant l'associativité puis la commutativité de \(*\) :

\[\begin{aligned}(xTy)Tz&=(x*y*a)*z*a\\&=x*y*z*a*a,\\xT(yTz)&=x*(y*z*a)*a\\&=x*y*z*a*a.\end{aligned}\]

Donc \((xTy)Tz=xT(yTz)\) : la loi \(T\) est associative.

Élément neutre. Posons \(n=a^{-1}\), le symétrique de \(a\) dans le groupe initial. Alors pour tout \(x\in E\) :

\[\begin{aligned}xTn&=x*a^{-1}*a=x*e=x,\\nTx&=a^{-1}*x*a=x.\end{aligned}\]

Ainsi, le neutre de \((E;T)\) est \(n=a^{-1}\). Il est en général différent du neutre initial \(e\).

Symétrique. Soit \(x\in E\). On cherche \(y\in E\) tel que \(xTy=a^{-1}\), c'est-à-dire :

\[x*y*a=a^{-1}.\]

Dans le groupe commutatif \((E;*)\), il suffit de prendre :

\[y=x^{-1}*a^{-1}*a^{-1}.\]

En effet, ce produit appartient à \(E\), et :

\[xTy=x*x^{-1}*a^{-1}*a^{-1}*a=a^{-1}.\]

Par commutativité, on a aussi \(yTx=a^{-1}\). Le symétrique de \(x\) pour \(T\) est donc \(x^{-1}*a^{-2}\), où \(a^{-2}=a^{-1}*a^{-1}\).

Commutativité. Pour tous \(x,y\in E\), la commutativité de \(*\) donne :

\[xTy=x*y*a=y*x*a=yTx.\]
\[\boxed{(E;T)\text{ est un groupe commutatif, sous l'hypothèse ajoutée}.}\]
Le neutre et le symétrique dépendent de la loi, pas seulement de l'ensemble. Ici, la nouvelle loi possède pour neutre \(a^{-1}\) et pour symétrique de \(x\) l'élément \(x^{-1}*a^{-2}\), toujours calculés à partir de l'ancienne loi.

Exercice 08 — Sous-groupe conjugué

Énoncé.

Soit \((G;*)\) un groupe d'élément neutre \(e\). On note \(a^{-1}\) le symétrique de \(a\). Soit \(H\) un sous-groupe de \((G;*)\) et \(n\in G\) fixé. Montrer que l'ensemble :

\[H_n=\left\{n*h*n^{-1}\ \middle|\ h\in H\right\}\]

est un sous-groupe de \((G;*)\).

Repère de cours — Critère caractéristique d'un sous-groupe.

Puisque \((G;*)\) est déjà un groupe, il n'est pas nécessaire de revérifier l'associativité. Il suffit de prouver que \(H_n\) est non vide puis, pour tous \(u,v\in H_n\), que \(u*v^{-1}\in H_n\). On utilisera aussi la formule du cours \((a*b)^{-1}=b^{-1}*a^{-1}\).

Montrer que \(H_n\) est un sous-groupe de \(G\)

Méthode.

Écrire deux éléments quelconques de \(H_n\) sous la forme \(n*h*n^{-1}\). Dans le calcul du symétrique puis du produit, simplifier les facteurs voisins \(n^{-1}*n=e\) et faire apparaître un élément de \(H\).

Afficher la correction de l'exercice 08Masquer la correction de l'exercice 08

Ensemble non vide. Comme \(H\) est un sous-groupe, \(e\in H\). Or :

\[n*e*n^{-1}=n*n^{-1}=e.\]

Donc \(e\in H_n\), et \(H_n\ne\varnothing\).

Critère de sous-groupe. Soient \(u,v\in H_n\). Il existe \(h,k\in H\) tels que :

\[u=n*h*n^{-1},\qquad v=n*k*n^{-1}.\]

Par la formule de l'inverse d'un produit :

\[\begin{aligned}v^{-1}&=(n*k*n^{-1})^{-1}\\&=n*k^{-1}*n^{-1}.\end{aligned}\]

On calcule alors, en respectant l'ordre des facteurs :

\[\begin{aligned}u*v^{-1}&=(n*h*n^{-1})*(n*k^{-1}*n^{-1})\\&=n*h*(n^{-1}*n)*k^{-1}*n^{-1}\\&=n*(h*k^{-1})*n^{-1}.\end{aligned}\]

Comme \(H\) est un sous-groupe, \(h*k^{-1}\in H\). Il en résulte que \(u*v^{-1}\in H_n\).

\[\boxed{H_n\text{ est un sous-groupe de }(G;*).}\]
On appelle \(H_n\) un sous-groupe conjugué de \(H\). La démonstration n'exige aucune commutativité de \(G\) : il faut précisément conserver l'ordre des facteurs pour effectuer les simplifications licites.

À retenir — Les méthodes transférables

Ces exercices illustrent le passage de la vérification directe à l'exploitation des résultats de cours. Pour étudier une application entre groupes, il faut distinguer morphisme et bijectivité. Pour une famille de matrices, un calcul donnant \(M(x)M(y)=M(x+y)\) révèle immédiatement de nombreuses propriétés. Une nouvelle loi doit être contrôlée sans lui attribuer automatiquement les axiomes de la loi initiale. Enfin, lorsqu'un groupe ambiant est déjà connu, le critère caractéristique d'un sous-groupe est souvent la meilleure méthode. Une hypothèse manquante dans un énoncé doit être signalée, expliquée et distinguée de la résolution effectuée sous une hypothèse ajoutée.

Correction rédigée par Professeur Hammou Boudraa — Parcours Maths Maroc (PMM)

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