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Correction des exercices 103 et 104 – Calcul intégral

Correction des exercices 103 et 104 – Calcul intégral

Irrationalité de \(\pi\) et théorème de la moyenne pondérée — Manuel Al Moufid

Correction détaillée des exercices 103 et 104 : suites d’entiers, intégrations par parties répétées et moyenne pondérée.

Exercice 103

Le but de cet exercice est de montrer l’irrationalité du nombre \(\pi\), c’est-à-dire :

\[ \pi\notin\mathbb Q. \]
Question 1

Soit \((u_n)\) une suite numérique à valeurs dans \(\mathbb Z\).

Montrer que la suite \((u_n)\) converge si et seulement si elle est stationnaire, c’est-à-dire s’il existe \(N\in\mathbb N\) tel que :

\[ (\forall n\geq N) \qquad u_n=u_N. \]
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Premier sens : une suite stationnaire est convergente.

Supposons qu’il existe \(N\in\mathbb N\) tel que :

\[ (\forall n\geq N) \qquad u_n=u_N. \]

À partir du rang \(N\), tous les termes de la suite sont égaux à la constante \(u_N\). Par conséquent :

\[ \lim_{n\to+\infty}u_n=u_N. \]

La suite \((u_n)\) est donc convergente.

Réciproquement : une suite convergente à valeurs entières est stationnaire.

Supposons que la suite \((u_n)\) converge vers un réel \(\ell\).

En prenant :

\[ \varepsilon=\frac12, \]

il existe un entier \(N\in\mathbb N\) tel que, pour tout \(n\geq N\) :

\[ |u_n-\ell|<\frac12. \]

Soient \(n\geq N\) et \(p\geq N\). D’après l’inégalité triangulaire :

\[ \begin{aligned} |u_n-u_p| &\leq |u_n-\ell|+|u_p-\ell|\\ &<\frac12+\frac12\\ &=1. \end{aligned} \]

Or \(u_n\) et \(u_p\) sont des entiers. Leur différence \(u_n-u_p\) est donc également un entier.

Deux entiers distincts sont séparés d’au moins \(1\). Ainsi, l’inégalité :

\[ |u_n-u_p|<1 \]

impose :

\[ u_n-u_p=0. \]

Donc :

\[ u_n=u_p. \]

En particulier, en prenant \(p=N\), on obtient :

\[ (\forall n\geq N) \qquad u_n=u_N. \]
\[ \boxed{ (u_n)\text{ converge} \iff (u_n)\text{ est stationnaire} }. \]

Pour tout triplet :

\[ (a;b;n)\in(\mathbb N^*)^3, \]

on pose :

\[ P_n(x)= \frac1{n!}x^n(bx-a)^n \]

et :

\[ I_n= \int_0^\pi P_n(x)\sin x\,dx. \]
Question 2 a)

Montrer que, pour tout \((a;b;n)\in(\mathbb N^*)^3\), le polynôme \(P_n\) et ses dérivées successives prennent en \(0\) et en \(\dfrac ab\) des valeurs entières.

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Fixons :

\[ (a;b;n)\in(\mathbb N^*)^3. \]

D’après la formule du binôme de Newton :

\[ (bx-a)^n = \sum_{k=0}^{n} \binom nk (bx)^k(-a)^{n-k}. \]

Donc :

\[ \begin{aligned} P_n(x) &= \frac{x^n}{n!} \sum_{k=0}^{n} \binom nk b^kx^k(-a)^{n-k}\\ &= \sum_{k=0}^{n} \frac{(-a)^{n-k}b^k} {k!(n-k)!} x^{n+k}. \end{aligned} \]

Soit \(r\in\mathbb N\).

Si \(r\notin\{n;n+1;\ldots;2n\}\), alors :

\[ P_n^{(r)}(0)=0. \]

Si \(r=n+k\), avec \(k\in\{0;1;\ldots;n\}\), seul le terme en \(x^{n+k}\) donne une valeur non nulle en \(0\). On obtient :

\[ P_n^{(n+k)}(0) = \frac{(n+k)!} {k!(n-k)!} (-a)^{n-k}b^k. \]

Les nombres \(a\), \(b\), \(n\) et \(k\) étant entiers, on a :

\[ \frac{(n+k)!}{k!(n-k)!} = \binom{n+k}{k} \frac{n!}{(n-k)!} \in\mathbb N. \]

Par conséquent :

\[ P_n^{(r)}(0)\in\mathbb Z \qquad \text{pour tout }r\in\mathbb N. \]

Étudions maintenant les valeurs prises en \(\dfrac ab\).

Pour tout réel \(x\) :

\[ \begin{aligned} P_n\left(\frac ab-x\right) &= \frac1{n!} \left(\frac ab-x\right)^n \left( b\left(\frac ab-x\right)-a \right)^n\\ &= \frac1{n!} \left(\frac{a-bx}{b}\right)^n (-bx)^n\\ &= \frac{(-1)^n}{n!} x^n(a-bx)^n\\ &= \frac1{n!} x^n(bx-a)^n\\ &= P_n(x). \end{aligned} \]

Ainsi :

\[ P_n\left(\frac ab-x\right)=P_n(x). \]

En dérivant cette égalité \(r\) fois, on obtient :

\[ (-1)^r P_n^{(r)} \left(\frac ab-x\right) = P_n^{(r)}(x). \]

En prenant \(x=0\) :

\[ (-1)^r P_n^{(r)} \left(\frac ab\right) = P_n^{(r)}(0). \]

Donc :

\[ P_n^{(r)} \left(\frac ab\right) = (-1)^rP_n^{(r)}(0). \]

Comme \(P_n^{(r)}(0)\in\mathbb Z\), on en déduit :

\[ P_n^{(r)} \left(\frac ab\right) \in\mathbb Z. \]
Pour tout \(r\in\mathbb N\) : \[ \boxed{ P_n^{(r)}(0)\in\mathbb Z \qquad\text{et}\qquad P_n^{(r)} \left(\frac ab\right)\in\mathbb Z }. \]
Question 2 b)

Montrer que, pour tout \((a;b)\in(\mathbb N^*)^2\) :

\[ \lim_{n\to+\infty}I_n=0. \]
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Fixons deux entiers \(a\in\mathbb N^*\) et \(b\in\mathbb N^*\).

Pour tout \(x\in[0;\pi]\), on a :

\[ |x|\leq\pi \]

et :

\[ |bx-a| \leq bx+a \leq b\pi+a. \]

Par conséquent :

\[ |x(bx-a)| \leq \pi(b\pi+a). \]

Posons :

\[ A=\pi(b\pi+a)>0. \]

Pour tout \(x\in[0;\pi]\) :

\[ \begin{aligned} |P_n(x)| &= \frac{|x(bx-a)|^n}{n!}\\ &\leq \frac{A^n}{n!}. \end{aligned} \]

Comme \(0\leq\sin x\leq1\) sur \([0;\pi]\), l’inégalité triangulaire pour les intégrales donne :

\[ \begin{aligned} |I_n| &\leq \int_0^\pi |P_n(x)|\sin x\,dx\\ &\leq \int_0^\pi \frac{A^n}{n!}\,dx\\ &= \pi\frac{A^n}{n!}. \end{aligned} \]

Montrons que :

\[ \lim_{n\to+\infty}\frac{A^n}{n!}=0. \]

Choisissons un entier \(N\) tel que :

\[ N>2A. \]

Pour tout \(n\geq N\) :

\[ \begin{aligned} \frac{A^n}{n!} &= \frac{A^N}{N!} \frac{A}{N+1} \frac{A}{N+2} \cdots \frac{A}{n}. \end{aligned} \]

Pour tout entier \(k\geq N+1\), on a :

\[ 0<\frac Ak<\frac12. \]

Donc :

\[ 0\leq \frac{A^n}{n!} \leq \frac{A^N}{N!} \left(\frac12\right)^{n-N}. \]

Le membre de droite tend vers \(0\). D’après le théorème des gendarmes :

\[ \lim_{n\to+\infty}\frac{A^n}{n!}=0. \]

On a ainsi :

\[ 0\leq|I_n| \leq \pi\frac{A^n}{n!}, \]

et la borne supérieure tend vers \(0\).

\[ \boxed{ \lim_{n\to+\infty}I_n=0 }. \]

Supposons qu’il existe deux entiers strictement positifs \(a\) et \(b\) tels que :

\[ \pi=\frac ab. \]
Question 3 a)

Avec les notations de la question 2 a), montrer que, pour tout \(n\in\mathbb N^*\) :

\[ I_n\in\mathbb Z. \]
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Supposons :

\[ \pi=\frac ab, \qquad a\in\mathbb N^*, \qquad b\in\mathbb N^*. \]

Le polynôme \(P_n\) est de degré \(2n\). Il est donc dérivable autant de fois que nécessaire, et :

\[ P_n^{(r)}=0 \qquad \text{pour tout }r>2n. \]

Pour tout \(m\in\{0;1;\ldots;n\}\), posons :

\[ J_m= \int_0^\pi P_n^{(2m)}(x)\sin x\,dx. \]

Effectuons une première intégration par parties avec :

\[ U(x)=P_n^{(2m)}(x), \qquad V'(x)=\sin x. \]

Alors :

\[ U'(x)=P_n^{(2m+1)}(x), \qquad V(x)=-\cos x. \]

On obtient :

\[ \begin{aligned} J_m &= \left[ -P_n^{(2m)}(x)\cos x \right]_0^\pi\\ &\quad+ \int_0^\pi P_n^{(2m+1)}(x)\cos x\,dx. \end{aligned} \]

Comme :

\[ \cos\pi=-1 \qquad\text{et}\qquad \cos0=1, \]

le terme aux bornes vaut :

\[ P_n^{(2m)}(\pi)+P_n^{(2m)}(0). \]

Effectuons une seconde intégration par parties dans l’intégrale restante :

\[ \begin{aligned} \int_0^\pi P_n^{(2m+1)}(x)\cos x\,dx &= \left[ P_n^{(2m+1)}(x)\sin x \right]_0^\pi\\ &\quad- \int_0^\pi P_n^{(2m+2)}(x)\sin x\,dx. \end{aligned} \]

Or :

\[ \sin0=\sin\pi=0. \]

Le terme aux bornes est donc nul, et :

\[ \int_0^\pi P_n^{(2m+1)}(x)\cos x\,dx = -J_{m+1}. \]

Par conséquent :

\[ J_m= P_n^{(2m)}(\pi) + P_n^{(2m)}(0) - J_{m+1}. \]

En répétant cette relation à partir de \(J_0=I_n\), on obtient :

\[ \begin{aligned} I_n &= \sum_{m=0}^{n} (-1)^m \left( P_n^{(2m)}(\pi) + P_n^{(2m)}(0) \right), \end{aligned} \]

car :

\[ P_n^{(2n+2)}=0. \]

D’après la question 2 a), les nombres :

\[ P_n^{(2m)}(0) \qquad\text{et}\qquad P_n^{(2m)} \left(\frac ab\right) \]

sont entiers.

Or \(\pi=\dfrac ab\). Donc :

\[ P_n^{(2m)}(\pi)\in\mathbb Z. \]

L’intégrale \(I_n\) est ainsi une somme finie d’entiers.

\[ \boxed{ (\forall n\in\mathbb N^*) \qquad I_n\in\mathbb Z }. \]
Question 3 b)

En utilisant le résultat de la question 1, déduire une contradiction.

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Nous avons supposé :

\[ \pi=\frac ab. \]

Pour tout \(x\in]0;\pi[\), on a :

\[ x>0 \]

et :

\[ bx-a=b(x-\pi)<0. \]

Considérons les indices pairs. Pour tout \(n\in\mathbb N^*\) :

\[ P_{2n}(x) = \frac1{(2n)!} x^{2n}(bx-a)^{2n}. \]

Comme les deux puissances sont paires :

\[ P_{2n}(x)>0 \qquad \text{pour tout }x\in]0;\pi[. \]

De plus :

\[ \sin x>0 \qquad \text{pour tout }x\in]0;\pi[. \]

La fonction :

\[ x\longmapsto P_{2n}(x)\sin x \]

est donc continue, positive sur \([0;\pi]\) et strictement positive sur \(]0;\pi[\).

Par conséquent :

\[ I_{2n} = \int_0^\pi P_{2n}(x)\sin x\,dx >0. \]

Posons :

\[ v_n=I_{2n}. \]

D’après la question 3 a) :

\[ v_n\in\mathbb Z. \]

D’après la question 2 b) :

\[ \lim_{n\to+\infty}v_n = \lim_{n\to+\infty}I_{2n} = 0. \]

La suite \((v_n)\) est donc une suite convergente à valeurs entières.

D’après la question 1, elle est stationnaire. Il existe donc \(N\in\mathbb N^*\) tel que :

\[ (\forall n\geq N) \qquad v_n=v_N. \]

Comme la suite converge vers \(0\), sa valeur constante à partir du rang \(N\) doit être égale à \(0\). Ainsi :

\[ (\forall n\geq N) \qquad v_n=0. \]

Mais nous avons démontré que :

\[ v_n=I_{2n}>0 \qquad \text{pour tout }n\in\mathbb N^*. \]

Nous obtenons une contradiction.

L’hypothèse :

\[ \pi\in\mathbb Q \]

est donc fausse.

\[ \boxed{\pi\notin\mathbb Q}. \]

Exercice 104

Soient \(f\) et \(g\) deux fonctions continues sur un segment \([a;b]\) telles que :

\[ (\forall t\in[a;b]) \qquad g(t)\geq0 \]

et :

\[ (\exists M\in\mathbb R_+^*) (\forall t\in[a;b]) \qquad |f(t)|\leq M. \]
Question 1

Montrer que :

\[ \left| \int_a^bf(t)g(t)\,dt \right| \leq M\int_a^bg(t)\,dt. \]
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Pour tout \(t\in[a;b]\), l’inégalité :

\[ |f(t)|\leq M \]

équivaut à :

\[ -M\leq f(t)\leq M. \]

Comme \(g(t)\geq0\), la multiplication par \(g(t)\) conserve le sens des inégalités :

\[ -Mg(t) \leq f(t)g(t) \leq Mg(t). \]

Les fonctions considérées sont continues sur \([a;b]\). En intégrant membre à membre :

\[ -M\int_a^bg(t)\,dt \leq \int_a^bf(t)g(t)\,dt \leq M\int_a^bg(t)\,dt. \]

Par ailleurs, comme \(g(t)\geq0\) :

\[ \int_a^bg(t)\,dt\geq0. \]

On en déduit :

\[ \boxed{ \left| \int_a^bf(t)g(t)\,dt \right| \leq M\int_a^bg(t)\,dt }. \]
Question 2

Montrer qu’il existe \(c\in[a;b]\) tel que :

\[ \int_a^bf(t)g(t)\,dt = f(c)\int_a^bg(t)\,dt. \]
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Posons :

\[ G=\int_a^bg(t)\,dt. \]

Comme \(g(t)\geq0\) sur \([a;b]\), on a :

\[ G\geq0. \]

Premier cas : \(G=0\).

D’après la question précédente :

\[ \left| \int_a^bf(t)g(t)\,dt \right| \leq MG=0. \]

Donc :

\[ \int_a^bf(t)g(t)\,dt=0. \]

Pour tout \(c\in[a;b]\) :

\[ f(c)G=f(c)\times0=0. \]

L’égalité demandée est donc vérifiée pour n’importe quel réel \(c\in[a;b]\).

Deuxième cas : \(G>0\).

La fonction \(f\) est continue sur le segment \([a;b]\). Elle atteint donc son minimum et son maximum.

Posons :

\[ m_f=\min_{t\in[a;b]}f(t) \]

et :

\[ M_f=\max_{t\in[a;b]}f(t). \]

Pour tout \(t\in[a;b]\) :

\[ m_f\leq f(t)\leq M_f. \]

Comme \(g(t)\geq0\), on obtient :

\[ m_fg(t) \leq f(t)g(t) \leq M_fg(t). \]

En intégrant sur \([a;b]\) :

\[ m_fG \leq \int_a^bf(t)g(t)\,dt \leq M_fG. \]

Comme \(G>0\), nous pouvons diviser par \(G\) :

\[ m_f \leq \frac{ \displaystyle\int_a^bf(t)g(t)\,dt }{ \displaystyle\int_a^bg(t)\,dt } \leq M_f. \]

Posons :

\[ \mu= \frac{ \displaystyle\int_a^bf(t)g(t)\,dt }{ \displaystyle\int_a^bg(t)\,dt }. \]

On a :

\[ \mu\in[m_f;M_f]. \]

Comme \(f\) est continue sur \([a;b]\), elle prend toutes les valeurs comprises entre son minimum \(m_f\) et son maximum \(M_f\).

D’après le théorème des valeurs intermédiaires, il existe donc un réel \(c\in[a;b]\) tel que :

\[ f(c)=\mu. \]

Ainsi :

\[ f(c) = \frac{ \displaystyle\int_a^bf(t)g(t)\,dt }{ \displaystyle\int_a^bg(t)\,dt }. \]

En multipliant par \(\displaystyle\int_a^bg(t)\,dt\), on obtient :

\[ \boxed{ \int_a^bf(t)g(t)\,dt = f(c)\int_a^bg(t)\,dt }. \]
Méthodes à retenir : une suite convergente à valeurs entières est nécessairement constante à partir d’un certain rang. Pour une intégrale pondérée par une fonction positive, on encadre la fonction continue entre son minimum et son maximum, puis on applique le théorème des valeurs intermédiaires.
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