Correction des exercices 35 à 36 — Continuité, puissances de 2 et suites adjacentes
Al Moufid — Suites numériques — 2e Bac Sciences Mathématiques
Exercice 35
Soit \(f\) une fonction définie sur \(\mathbb R\), continue en \(0\), et vérifiant : \[ (\forall x\in\mathbb R)\qquad f(x)=f(2x). \] 1. Montrer que : \[ (\forall x\in\mathbb R) (\forall n\in\mathbb N)\qquad f(x)=f\left(\frac{x}{2^n}\right). \] 2. Montrer que la fonction \(f\) est constante sur \(\mathbb R\).
1. Itération de l’égalité fonctionnelle
Lire la réponse +
La relation donnée est :
\[ f(y)=f(2y) \qquad(\forall y\in\mathbb R). \]Soit \(x\in\mathbb R\). En prenant :
\[ y=\frac{x}{2}, \]on obtient :
\[ f\left(\frac{x}{2}\right) = f(x). \]Ainsi :
\[ f(x) = f\left(\frac{x}{2}\right). \]Montrons maintenant par récurrence que :
\[ (\forall n\in\mathbb N)\qquad f(x)=f\left(\frac{x}{2^n}\right). \]Initialisation
Pour \(n=0\) :
\[ f\left(\frac{x}{2^0}\right) = f(x). \]La propriété est donc vraie au rang \(0\).
Hérédité
Supposons que, pour un certain entier \(n\in\mathbb N\), on ait :
\[ f(x) = f\left(\frac{x}{2^n}\right). \]En appliquant la relation :
\[ f(y)=f\left(\frac{y}{2}\right) \]au réel :
\[ y=\frac{x}{2^n}, \]on obtient :
\[ f\left(\frac{x}{2^n}\right) = f\left(\frac{x}{2^{n+1}}\right). \]Donc :
\[ f(x) = f\left(\frac{x}{2^{n+1}}\right). \]Par récurrence :
\[ \boxed{ (\forall x\in\mathbb R) (\forall n\in\mathbb N)\qquad f(x) = f\left(\frac{x}{2^n}\right). } \]La relation initiale permet de remplacer progressivement \(x\) par : \[ \frac{x}{2}, \quad \frac{x}{2^2}, \quad \frac{x}{2^3}, \quad\ldots \] Ces nombres se rapprochent de \(0\).
2. Montrons que \(f\) est constante
Lire la réponse +
Fixons un réel \(x\in\mathbb R\).
Comme :
\[ \left|\frac12\right|\lt1, \]la suite géométrique :
\[ \left(\frac{x}{2^n}\right) \]converge vers \(0\) :
\[ \lim_{n\to+\infty}\frac{x}{2^n}=0. \]La fonction \(f\) étant continue en \(0\), on a :
\[ \lim_{n\to+\infty} f\left(\frac{x}{2^n}\right) = f(0). \]Mais, d’après la première question :
\[ f\left(\frac{x}{2^n}\right) = f(x) \qquad(\forall n\in\mathbb N). \]La suite :
\[ \left( f\left(\frac{x}{2^n}\right) \right) \]est donc constante et égale à \(f(x)\). Sa limite est par conséquent \(f(x)\).
Par unicité de la limite :
\[ f(x)=f(0). \]Cette égalité étant vraie pour tout \(x\in\mathbb R\) :
\[ \boxed{ (\forall x\in\mathbb R)\qquad f(x)=f(0). } \]Donc :
\[ \boxed{ f\text{ est constante sur }\mathbb R. } \]La continuité de \(f\) sur tout \(\mathbb R\) n’est pas nécessaire. La continuité au seul point \(0\) suffit, car la suite \(\frac{x}{2^n}\) converge vers ce point.
Exercice 36
1. Montrer que : \[ (\forall n\in\mathbb N^*)\qquad 2^n\ge n+1. \] 2. Pour tout entier \(n\ge1\), on pose : \[ u_n = \sum_{k=1}^{n} \frac1{k\,2^k} \] et : \[ v_n = u_n+\frac1n-\frac1{n\,2^n}. \] Montrer que les suites \((u_n)\) et \((v_n)\) sont convergentes et ont la même limite.
1. Démonstration de \(2^n\ge n+1\)
Lire la réponse +
Montrons par récurrence que :
\[ (\forall n\in\mathbb N^*)\qquad 2^n\ge n+1. \]Initialisation
Pour \(n=1\) :
\[ 2^1=2 \]et :
\[ 1+1=2. \]Donc :
\[ 2^1\ge1+1. \]Hérédité
Supposons que, pour un certain entier \(n\ge1\), on ait :
\[ 2^n\ge n+1. \]Alors :
\[ 2^{n+1} = 2\cdot2^n. \]D’après l’hypothèse de récurrence :
\[ 2^{n+1} \ge 2(n+1). \]Or :
\[ 2(n+1)-(n+2) = n. \]Comme \(n\ge1\) :
\[ 2(n+1)\ge n+2. \]Ainsi :
\[ 2^{n+1}\ge n+2. \]Par récurrence :
\[ \boxed{ (\forall n\in\mathbb N^*)\qquad 2^n\ge n+1. } \]2. Adjacence et convergence des suites uₙ et vₙ
Lire la réponse +
2.a) Monotonie de la suite \((u_n)\)
Pour tout entier \(n\ge1\) :
\[ u_{n+1} = \sum_{k=1}^{n+1} \frac1{k\,2^k}. \]Donc :
\[ u_{n+1} = u_n + \frac1{(n+1)2^{n+1}}. \]Ainsi :
\[ u_{n+1}-u_n = \frac1{(n+1)2^{n+1}}. \]Comme :
\[ \frac1{(n+1)2^{n+1}}\gt0, \]on obtient :
\[ \boxed{ (u_n)\text{ est strictement croissante}. } \]2.b) Monotonie de la suite \((v_n)\)
On a :
\[ v_{n+1} = u_{n+1} + \frac1{n+1} - \frac1{(n+1)2^{n+1}}. \]Or :
\[ u_{n+1} = u_n + \frac1{(n+1)2^{n+1}}. \]En remplaçant \(u_{n+1}\), on obtient :
\[ \begin{aligned} v_{n+1} &= u_n + \frac1{(n+1)2^{n+1}} + \frac1{n+1} - \frac1{(n+1)2^{n+1}}\\ &= u_n+\frac1{n+1}. \end{aligned} \]Ainsi :
\[ \begin{aligned} v_{n+1}-v_n &= u_n+\frac1{n+1} - \left( u_n+\frac1n-\frac1{n2^n} \right)\\ &= \frac1{n+1} - \frac1n + \frac1{n2^n}\\ &= -\frac1{n(n+1)} + \frac1{n2^n}. \end{aligned} \]En réduisant au même dénominateur :
\[ v_{n+1}-v_n = \frac{ n+1-2^n }{ n(n+1)2^n }. \]D’après la première question :
\[ 2^n\ge n+1. \]Donc :
\[ n+1-2^n\le0. \]Le dénominateur étant strictement positif :
\[ v_{n+1}-v_n\le0. \]Par conséquent :
\[ \boxed{ (v_n)\text{ est décroissante}. } \]La suite \((v_n)\) n’est pas strictement décroissante dès le premier rang, car : \[ 2^1=1+1. \] On a donc \(v_2=v_1\), puis la décroissance devient stricte.
2.c) Comparaison entre \(u_n\) et \(v_n\)
D’après la définition de \(v_n\) :
\[ v_n-u_n = \frac1n-\frac1{n2^n}. \]Donc :
\[ v_n-u_n = \frac{2^n-1}{n2^n}. \]Comme \(2^n\ge1\), on a :
\[ 2^n-1\ge0. \]Ainsi :
\[ v_n-u_n\ge0. \]Donc :
\[ \boxed{ u_n\le v_n. } \]2.d) Limite de la différence
On peut écrire :
\[ v_n-u_n = \frac1n \left( 1-\frac1{2^n} \right). \]Comme :
\[ 0\le1-\frac1{2^n}\le1, \]on obtient :
\[ 0 \le v_n-u_n \le \frac1n. \]Or :
\[ \frac1n\longrightarrow0. \]D’après le théorème d’encadrement :
\[ \boxed{ v_n-u_n\longrightarrow0. } \]Conclusion
La suite \((u_n)\) est croissante, la suite \((v_n)\) est décroissante et :
\[ v_n-u_n\longrightarrow0. \]Les deux suites sont donc adjacentes.
D’après le théorème des suites adjacentes :
\[ \boxed{ (u_n)\text{ et }(v_n) \text{ sont convergentes et ont la même limite}. } \]Il n’est pas nécessaire de calculer la valeur exacte de la limite commune. L’objectif de l’exercice est d’établir l’adjacence à partir des trois propriétés : \[ (u_n)\text{ croissante}, \qquad (v_n)\text{ décroissante}, \qquad v_n-u_n\to0. \]
Cet article propose une correction détaillée des exercices 35 et 36 de la partie Exercices de perfectionnement du chapitre Suites numériques du manuel Al Moufid. Le premier exercice utilise une suite géométrique et la continuité en zéro pour étudier une équation fonctionnelle. Le second construit deux suites adjacentes grâce à une inégalité portant sur les puissances de \(2\).
Comprendre comment une suite convergeant vers zéro peut être utilisée avec la continuité d’une fonction, puis savoir vérifier rigoureusement les trois conditions d’adjacence : monotonie contraire, ordre entre les deux suites et écart tendant vers zéro.
- Itérer l’égalité fonctionnelle \(f(x)=f(2x)\).
- Utiliser la convergence de \(\dfrac{x}{2^n}\) vers \(0\).
- Exploiter uniquement la continuité de \(f\) au point \(0\).
- Démontrer par récurrence que \(2^n\ge n+1\).
- Étudier séparément la monotonie de deux suites.
- Montrer que leur différence tend vers \(0\).
Une suite géométrique peut intervenir de deux manières différentes : pour construire une suite d’arguments convergeant vers un point de continuité, ou pour établir une inégalité permettant d’étudier la monotonie d’une autre suite.
Hammou Boudraa — Enseignant des mathématiques
Lycée Oum Erbiaâ — M’rirt
Commentaires
Enregistrer un commentaire