Correction des exercices 08 à 11 — Suites numériques
Manuel Al Moufid · 2e Bac Sciences Mathématiques
Ces quatre exercices approfondissent l’étude des suites en reliant trois questions essentielles : comment prouver qu’une suite reste dans un intervalle, comment déterminer son sens de variation et comment en déduire sa convergence. Pour les suites définies par récurrence, on utilise souvent une récurrence afin de contrôler les termes, puis on étudie les différences successives. Lorsqu’une suite est croissante et majorée, ou décroissante et minorée, le théorème de convergence monotone permet de conclure. D’autres situations demandent une comparaison avec une suite qui tend vers \(+\infty\) ou l’utilisation d’une somme télescopique. Enfin, lorsqu’une suite récurrente est déjà connue comme convergente, la continuité de la fonction associée permet de déterminer les valeurs possibles de sa limite.
Exercice 08
On considère la suite \((u_n)\) définie par :
\[ u_0=\frac12 \qquad\text{et}\qquad u_{n+1}=\frac{2u_n+1}{u_n+1} \quad\text{pour tout }n\in\mathbb N. \]Pour contrôler une suite récurrente, on peut montrer par récurrence que ses termes restent dans un intervalle donné. Une fois la monotonie obtenue, le cours donne le théorème de convergence monotone : toute suite croissante et majorée est convergente.
Si ensuite \(u_{n+1}=f(u_n)\), que la suite converge vers \(\ell\) et que \(f\) est continue sur l’intervalle considéré, alors la limite vérifie \(\ell=f(\ell)\).
Montrer par récurrence que, pour tout \(n\in\mathbb N^*\) :
\[ 1\le u_n\le2. \]Afficher la correction Masquer la correction
Le terme \(u_0\) est défini et \(u_0+1=\frac32\gt0\), donc \(u_1\) existe. On calcule :
\[ u_1=\frac{2\times\frac12+1}{\frac12+1}=\frac43. \]Ainsi, \(1\le u_1\le2\).
Supposons que, pour un entier \(n\ge1\), le terme \(u_n\) soit défini et vérifie \(1\le u_n\le2\). Alors \(u_n+1\gt0\), donc \(u_{n+1}\) est défini. De plus :
\[ u_{n+1}-1 =\frac{2u_n+1}{u_n+1}-1 =\frac{u_n}{u_n+1}\ge0, \]et :
\[ 2-u_{n+1} =2-\frac{2u_n+1}{u_n+1} =\frac1{u_n+1}\gt0. \]On obtient donc \(1\le u_{n+1}\le2\). L’initialisation et l’hérédité étant établies, la propriété est vraie par récurrence.
Tous les termes de la suite sont ainsi bien définis.
Montrer que la suite \((u_n)\) est croissante.
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On a :
\[ u_1-u_0=\frac43-\frac12=\frac56\gt0. \]Pour tout \(n\ge1\), les dénominateurs sont strictement positifs et :
\[ \begin{aligned} u_{n+1}-u_n &=\frac{2u_n+1}{u_n+1} -\frac{2u_{n-1}+1}{u_{n-1}+1}\\ &=\frac{u_n-u_{n-1}} {(u_n+1)(u_{n-1}+1)}. \end{aligned} \]Le signe de \(u_{n+1}-u_n\) est donc le même que celui de \(u_n-u_{n-1}\). Comme \(u_1-u_0\gt0\), une récurrence sur les différences successives donne \(u_{n+1}-u_n\gt0\) pour tout \(n\in\mathbb N\).
En déduire que la suite \((u_n)\) est convergente.
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La suite \((u_n)\) est croissante et majorée par \(2\). D’après le théorème de convergence monotone, elle est donc convergente.
Notons \(\ell\) sa limite. Comme \(1\le\ell\le2\) et que la fonction \(x\mapsto\frac{2x+1}{x+1}\) est continue sur \([1,2]\), le passage à la limite donne :
\[ \ell=\frac{2\ell+1}{\ell+1}. \]Ainsi, \(\ell^2-\ell-1=0\). Parmi les deux solutions, seule \(\frac{1+\sqrt5}{2}\) appartient à \([1,2]\).
Exercice 09
Soit \((u_n)\) la suite numérique définie par :
\[ u_0=2 \qquad\text{et}\qquad u_{n+1}=\frac12(1+u_n)^2 \quad\text{pour tout }n\in\mathbb N. \]Pour étudier la monotonie, on peut examiner le signe de \(u_{n+1}-u_n\). Si l’on obtient ensuite une minoration de la forme \(u_n\ge v_n\) avec \(v_n\to+\infty\), le résultat sur les limites et l’ordre permet de conclure que \(u_n\to+\infty\).
Montrer que la suite \((u_n)\) est croissante.
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La relation de récurrence est polynomiale en \(u_n\) ; tous les termes sont donc définis. Pour tout \(n\in\mathbb N\) :
\[ \begin{aligned} u_{n+1}-u_n &=\frac12(1+u_n)^2-u_n\\ &=\frac12\left(1+2u_n+u_n^2\right)-u_n\\ &=\frac{u_n^2+1}{2}\gt0. \end{aligned} \]Montrer que, pour tout \(n\in\mathbb N\) :
\[ u_{n+1}-u_n\ge\frac52. \]Afficher la correction Masquer la correction
La suite est croissante et \(u_0=2\), donc \(u_n\ge2\) pour tout \(n\in\mathbb N\). Ainsi, \(u_n^2\ge4\), puis :
\[ u_{n+1}-u_n =\frac{u_n^2+1}{2} \ge\frac{4+1}{2}=\frac52. \]En déduire que, pour tout \(n\in\mathbb N\) :
\[ u_n\ge2+\frac{5n}{2}. \]Préciser alors la limite de la suite \((u_n)\).
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Pour \(n\ge1\), on somme les inégalités \(u_{k+1}-u_k\ge\frac52\) de \(k=0\) à \(k=n-1\) :
\[ \begin{aligned} u_n-u_0 &=\sum_{k=0}^{n-1}(u_{k+1}-u_k)\\ &\ge\sum_{k=0}^{n-1}\frac52 =\frac{5n}{2}. \end{aligned} \]Comme \(u_0=2\), on obtient \(u_n\ge2+\frac{5n}{2}\). Cette inégalité reste vraie pour \(n=0\).
Or \(2+\frac{5n}{2}\to+\infty\). Le théorème de comparaison donne donc \(u_n\to+\infty\).
Exercice 10
On considère la suite \((u_n)_{n\ge1}\) définie, pour tout \(n\in\mathbb N^*\), par :
\[ u_n=1+\frac1{2^3}+\frac1{3^3}+\cdots+\frac1{n^3}. \]La croissance d’une somme partielle s’étudie naturellement en comparant \(u_{n+1}\) et \(u_n\). Pour prouver ensuite la convergence, il suffit d’obtenir un majorant indépendant de \(n\). Ici, la majoration repose sur une somme télescopique.
Montrer que la suite \((u_n)_{n\ge1}\) est croissante.
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La suite est explicitement définie pour tout \(n\ge1\). On a :
\[ u_{n+1}=u_n+\frac1{(n+1)^3}. \]Ainsi, pour tout \(n\ge1\) :
\[ u_{n+1}-u_n=\frac1{(n+1)^3}\gt0. \]Montrer que, pour tout \(n\in\mathbb N^*\) :
\[ u_n\le2-\frac1n. \]Afficher la correction Masquer la correction
Pour \(n=1\), on a \(u_1=1=2-\frac11\).
Soit maintenant \(n\ge2\). Pour tout entier \(k\ge2\), les nombres considérés sont strictement positifs et :
\[ k(k-1)\le k^3. \]En passant aux inverses, puis en décomposant la fraction :
\[ \frac1{k^3} \le\frac1{k(k-1)} =\frac1{k-1}-\frac1k. \]En sommant de \(k=2\) à \(k=n\), on obtient une somme télescopique :
\[ \begin{aligned} u_n &=1+\sum_{k=2}^{n}\frac1{k^3}\\ &\le1+\sum_{k=2}^{n}\left(\frac1{k-1}-\frac1k\right)\\ &=1+1-\frac1n =2-\frac1n. \end{aligned} \]En déduire que la suite \((u_n)_{n\ge1}\) est convergente.
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La suite \((u_n)\) est croissante. De plus, pour tout \(n\ge1\) :
\[ u_n\le2-\frac1n\lt2. \]Elle est donc majorée par \(2\). D’après le théorème de convergence monotone, elle est convergente.
Exercice 11
Soit \((u_n)\) la suite numérique définie par :
\[ u_0=1 \qquad\text{et}\qquad u_{n+1}=\sqrt[3]{3u_n+1}-1 \quad\text{pour tout }n\in\mathbb N. \]Pour une suite récurrente, une première étape classique consiste à montrer par récurrence que les termes restent dans un intervalle stable. On étudie ensuite la monotonie, puis on applique le théorème de convergence monotone.
Après avoir établi la convergence, la continuité de la fonction \(x\mapsto\sqrt[3]{3x+1}-1\) permet de passer à la limite dans la relation de récurrence. On conserve alors seulement les solutions compatibles avec l’encadrement déjà démontré.
Montrer que, pour tout \(n\in\mathbb N\) :
\[ 0\le u_n\le1. \]Afficher la correction Masquer la correction
La racine cubique est définie sur \(\mathbb R\), donc chaque terme existe dès que le précédent est défini.
Initialisation. On a \(u_0=1\), donc \(0\le u_0\le1\).
Hérédité. Supposons que, pour un entier \(n\in\mathbb N\), \(0\le u_n\le1\). Alors :
\[ 1\le3u_n+1\le4. \]La fonction racine cubique étant croissante sur \(\mathbb R\), on obtient :
\[ 1\le\sqrt[3]{3u_n+1}\le\sqrt[3]{4}\lt2. \]Après soustraction de \(1\) :
\[ 0\le u_{n+1}\lt1. \]L’initialisation et l’hérédité donnent le résultat par récurrence.
L’intervalle \([0,1]\) est stable et tous les termes sont bien définis.
Étudier la monotonie de la suite \((u_n)\).
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Pour tout \(n\in\mathbb N\), on a \(u_n\ge0\). Comme la fonction cube est strictement croissante sur \(\mathbb R\) :
\[ \begin{aligned} u_{n+1}\le u_n &\iff \sqrt[3]{3u_n+1}\le u_n+1\\ &\iff 3u_n+1\le(u_n+1)^3\\ &\iff 0\le u_n^3+3u_n^2\\ &\iff 0\le u_n^2(u_n+3). \end{aligned} \]La dernière inégalité est vraie puisque \(u_n\ge0\). Ainsi, \(u_{n+1}\le u_n\) pour tout \(n\in\mathbb N\).
En déduire que la suite \((u_n)\) est convergente.
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La suite \((u_n)\) est décroissante et minorée par \(0\). D’après le théorème de convergence monotone, elle est donc convergente.
Notons \(\ell\) sa limite. On sait que \(0\le\ell\le1\). La fonction \(x\mapsto\sqrt[3]{3x+1}-1\) est continue sur \([0,1]\), donc :
\[ \ell=\sqrt[3]{3\ell+1}-1. \]Ainsi :
\[ (\ell+1)^3=3\ell+1 \iff \ell^2(\ell+3)=0. \]Les solutions sont \(0\) et \(-3\), mais seule \(0\) appartient à \([0,1]\).
- Pour une suite récurrente, contrôler d’abord les termes par récurrence lorsqu’un intervalle stable est nécessaire.
- La monotonie peut être étudiée par le signe de \(u_{n+1}-u_n\) ou par une comparaison directe entre deux termes consécutifs.
- Une suite croissante et majorée, ou décroissante et minorée, est convergente.
- L’équation \(\ell=f(\ell)\) sert à déterminer une limite après avoir établi la convergence ; elle ne remplace pas la preuve de convergence.
Ces exercices mettent en place une démarche essentielle pour l’étude des suites : obtenir d’abord des informations sur les termes, étudier ensuite la monotonie, puis vérifier les hypothèses d’un théorème de convergence. Les exercices 08 et 11 montrent particulièrement le rôle d’un intervalle stable dans une suite récurrente. L’exercice 09 utilise une minoration obtenue par sommation pour établir une limite infinie, tandis que l’exercice 10 transforme une majoration terme à terme en somme télescopique. Dans chaque cas, la conclusion repose sur une règle précise dont les conditions ont été vérifiées avant son application.
Lycée Oum Erbiaâ — M’rirt
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